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20/01/2016

BOULEZ, UNE PAGE SE TOURNE. D’AUTRES S’OUVRENT…

BOULEZ, UNE PAGE SE TOURNE. D’AUTRES S’OUVRENT…

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Pierre Boulez vient de disparaître, merci à Libération d’avoir été parmi les rares à se montrer à la hauteur de l’événement en lui consacrant sa pleine Une, et 5 ou 6 pages de textes et de photos. Il y a des lunes que les débats autour de sa musique et de son rôle dans la cité s’étaient sinon pacifiés, ou au moins assourdis, et le temps est venu où l’Histoire évaluera sa place à la fois de musicien et d’initiateur.

 

Ses disques, comme compositeur ou comme chef, ont été constamment distingués par l’Académie Charles Cros,  on en trouvera plus loin la liste, avec un tout récent coup de chapeau au Quatuor Diotima (Coup de cœur 2015) pour son Livre pour Quatuor. Mais Boulez a aussi été parallèlement un inspirateur et un inlassable entrepreneur, à la fois maître d’œuvre et maître d’œuvres, comme le rappelle ici Omer Corlaix, et qui, du Domaine musical à la Philharmonie de Paris, aura transformé la scène musicale française.

 

Une scène où se produisent aujourd’hui de nouvelles générations de compositeurs sur lesquels l’ACC attire l’attention du public, notamment par ses Grands prix et ses Coups de cœur musique contemporaine.

On les trouvera ici : http://www.charlescros.org/coupsdecoeur/index.php?nom=Musique%20Contemporaine&annee=2015


A.F.

 *prix ACC en Annexe

Pierre Boulez, maître d’œuvres

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Pierre Boulez (1925-2016) aura suscité la passion pendant toute sa vie, son nom aura en France incarné la « musique contemporaine. » Compositeur, musicien de scène, chef d’orchestre, professeur au Collège de France, créateur d’institutions musicales, il fut l’homme-orchestre de la vie musicale française pendant plus d’un demi-siècle. Pierre Boulez aurait pu faire sienne le très beau titre du disque primé cette année par l’Académie Charles Cros du compositeur Philippe Leroux, Quid sit musicus, « Qu’est-ce que le musicien ? » On pourrait même s’imaginer que cette œuvre fut un hommage anticipé à son illustre prédécesseur, Pierre Boulez. Dès qu’il a quitté Lyon en 1943 pour monter à Paris, il ne va plus jamais quitter la scène musicale jusqu’à en perdre la vue. Ainsi, le journaliste du Monde présent dans la Salle Pleyel mardi 27 septembre 2011, à la mi-temps de l’ultime interprétation de Pli selon pli, témoigna dans son papier de ce nouvel handicap : « il ne semblait s'agir que d'un problème de paire de lunettes, que le chef doit désormais chausser. » Cet incident tétanisa le public. Ce concert, fut en fait un concert d’adieu à la vie musicale. Juste avant le grand tutti final de Don, la soprano canadienne Barbara Hannigan exhala d’une voix plate, «  … la … mort. » Tout était dit ! Pierre Boulez était à la tête de l’Orchestre des jeunes de l ‘Académie du Festival de Lucerne. Le mercredi 18 février 2015, Pierre Boulez nommait ses successeurs à sa direction, le compositeur allemand Matthias Pintscher, et le jeune chef d’orchestre espagnol, Pablo Heras-Casado.   On pourrait résumer sa vie en quelques mots : composition, interprétation, transmission et institution. Là, il semble également mettre ses pas dans ceux de l’auteur du De institutione musica.

Egrenons les institutions qu’il fonda, en tout bien tout honneur le Domaine musical puis, l’Ensemble des Percussions de Strasbourg, l’Ensemble Intercontemporain, l’Ircam, le Nouvel Orchestre Philharmonique de Radio France, la Cité de la musique avec son Musée de la Musique, l ’Académie du Festival de Lucerne, et pour conclure par un feu d’artifice la Philharmonie sans parler de l’Opéra Bastille. Ni Lulli, ni Wagner ne peuvent se targuer d’un tel bilan au soir de leur vie.  

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Compositeur européen, il le fut, je me souviens l’avoir interviewé à Vienne pendant les festivités consacrées à ses 85 ans où il dirigeait pour la première fois le compositeur Karol Szymanowski, qu’il enregistrait pour Deutsche Grammophon. Nous étions trois journalistes, dont Andrew Clements, et Albert Hosp, dans les studios de l’ORF pour le mettre à la question, chacun dans sa langue respective, l’anglais, l’allemand et le français. Comme des matadors fiers de leurs banderilles, nous devions extirper le maximum de réponses originales. Il se prêta généreusement à ce petit jeu pendant une heure et demie, sa phrase finale tomba avec son habituel malicieux sourire, « Vous m’avez essoré ! » Si Baden-Baden fut dans un premier temps son Guernesey, très vite ce refuge devint son havre de paix loin des rumeurs parisiennes.

Laissons les polémiques de côté, certes il aimait la joute, le bon mot qui tue. Il en a usé, et abusé parfois avec une certaine gourmandise. Il était brillant ! Ce fut son péché mignon. Nous voudrions, pour finir cet impossible hommage, évoquer les disques de Pierre Boulez primés par l’Académie Charles Cros depuis un demi-siècle. Il aurait eu 14 prix dont 2 Prix du Président de la République, selon le dépouillement réalisé des registres de l’Académie par son président Alain Fantapié. Le premier prix lui fut attribué en 1961 pour son enregistrement de la Suite pour 7 instruments op. 29 d’Arnold Schoenberg et la trilogie varèsienne (Hyperprisme. Intégrales et Octandre), interprétés par le Domaine musical sous sa direction, c’était un 33 t produit par Vega. L’année suivante le Pierrot Lunaire de Schoenberg interprété par Helga Pilarczyk et le Domaine musical pour le label Adès. Puis en 1965, Le Marteau sans maître par l’alto, Jeanne Deroubaix, toujours sous le label Adès. A partir de cette même année, Pierre Boulez est régulièrement primé par l’Académie. Les orchestres se succèdent, l’Opéra de Paris, le London Symphony Orchestra, le BBC Symphony, le New Philharmonia, le New York Philharmonic, l’Orchestre de Cleveland, l’Intercontemporain, jusqu’à l’enregistrement de la Sixième Symphonie de Gustav Mahler par le Wiener Philharmoniker en 1996. Pour clore cette énumération, nous retiendrons l’année 1970 où, il reçut simultanément quatre prix, le Prix du Président de la République pour Pli selon Pli, plus trois autres Grands Prix de l’Académie pour ses interprétations des Concerto pour piano n° 1 et n° 3 de Béla Bartók, des Images et des Danses de Claude Debussy, et de la Symphonie fantastique et de Lelio d’Hector Berlioz. Le dernier en date des disques primé par l’Académie Charles Cros est un Coup de Cœur 2015, pour l’interprétation que donne le Quatuor Diotima du Livre pour quatuor pour le jeune label Megadisc.

Omer Corlaix

 

 Annexe : Tous ses prix de l'Académie Charles Cros.

 

 

 

 

 

Année

 

Tous sous la direction de Pierre Boulez

 

 

1961

 

Schoenberg – Suite pour 7 instruments op. 29
Varèse – Hyperprisme. Intégrales. Octandre

Sol. et orch. de chambre

Vega C 30.A-271

 

1962

Schoenberg – Pierrot lunaire op.21

Helga Pilarczyck, récitante et Ensemble

Adès LA524 ou LA100

 

1965

Boulez – Le marteau sans maître.

Jeanne Deroubaix (alto)

Adès MA 30 LA 581 ST.30 LA 1008

 

1966

Stravinsky – Les Noces

J. Brumaire, D. Scharley, J. Pottier, J. Van Dam, orch. Opéra de Paris

Guilde ST2433, M2433

 

1967

Alban Berg - Wozzeck

W. Berry, I. Strauss, F. Uhl, Orch et chœurs Opéra de Paris

3x30 CBS 3003 GU

 

1967

Koechlin – Les Bandar Log

Boulez – Le soleil des eaux

Messiaen - Chronochromie

BBC Symphony Orchestra, dir. Dorati et Boulez

VSM ASDF 878 GU

 

1970

Pierre Boulez compositeur : Pli selon pli.

 

Pierre Boulez chef :

Bartok – Concerto pour piano n° 1 et n° 3

 

Debussy - Images, Danses

 

Berlioz – Symphonie fantastique. Lelio

Lukomska, sop., BBC Symphony Orch.

 

D. Barenboïm, piano, NewPhilharmonia

 

 

Orch. de Cleveland

 

Barrault, chœurs, London Symphony Orch.

CBS S 75 770

 

VSM C 063-01 914

 

 

CBS S 75 725

 

CBS S 77 226

PPR

1973

Stravinsky - Petrouchka

New York Philharmonic Orch.

CBS 31076

 

1975

Schoenberg – Gurre Lieder

K. Bowen, J. Thomas. G. Reich, BBC Symphony Orch.

CBS 78264

 

1980

Alban Berg – Lulu (version intégrale)

T. Stratas, Y. Minton, H. Schwarz, F. Mazura, K. Riegel, T. Blankenheim, R. Tear, H. Pampuch, orch. Opéra de Paris

4x30 DG 27 110 24

 

1983

Schoenberg – L’Echelle de Jacob ; Erwartung ; La main heureuse ; Symphonie de chambre op. 1 n° 9

BBC Symphony Orch. and chorus, Ensemble intercontemporain

CBS 79349

 

1983

Stravinsky – 14 mélodies

P. Bryn-Julson, A. Murray, R. Tear, J. Schirley-Quirk, Ensemble Intercontemporain

DG 253-377

 

1991

Boulez – Visage nuptial ; Le soleil des eaux ; Figures ; Doubles, Prismes

P. Bryn-Julson, E. Lawrence, BBC Singers, BBC symphony Orchestra

Erato

PPR

1996

Mahler – Symphonie n° 6

Wiener Philharmoniker,

DG

 

 

1961 : Schonberg suite op 29      
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1962 : Schoenberg – Pierrot lunaire op.21
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1965 : Le marteau sans Maître

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1970 : Pierre Boulez compositeur : Pli selon Pli

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1996 : Mahler – Symphonie n° 6

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11/01/2016

Michel Delpech, le bout du chemin...

Michel Delpech, le bout du chemin...

La photo date de près d’un demi-siècle. Nous étions en 1969, et ils étaient trois. Trois copains saisis par l’objectif, le 6 mars, à la fin de la proclamation au Palais d’Orsay des 22e Grands prix du disque de L’Académie Charles Cros, et qui partagent un même bonheur. Trois sourires, pas le même, qui reflètent des personnalités différentes mais qui allaient toutes trois marquer profondément leur époque. Serge Lama, Michel Delpech, Julien Clerc. C’était une très grande année pour la chanson française.

Grand prix disque Lama Clerc delpech.jpg

Mais pourquoi faut-il parfois attendre qu’un artiste nous quitte pour qu’on s’aperçoive qu'il nous manque ? La radio, la télévision, la presse ont, depuis sa disparition le 2 janvier 2016, largement célébré Michel Delpech, rappelé le mélodiste, le fertile créateur de chansons qu’il fut et qui, beaucoup plus que des tubes, sont devenus des standards. Mais où les entendait-on encore sur nos ondes ? Combien de ces programmateurs qui, en sortant de Saint-Sulpice ce 8 janvier, exprimaient leur émotion en tressant ses louanges, alors qu’ils taxaient hier son univers musical de ringardise, avaient-ils continué à les diffuser ?

Alors, merci Michel pour avoir été ce que tu as été. Merci pour tes chansons. Et pardon, on t’a trop mal montré notre reconnaissance. On ne dit jamais assez aux gens qu'on aime qu’on les aime, merci aussi, à Louis Chedid cette fois, pour la leçon.

Michel Delpech, Eddie Barclay et Jean Leber 1969.jpg


A.F.

17/11/2015

COMMUNIQUE – Proclamation des 68e Grands Prix de l’Académie Charles Cros, oui, mais pas à Radio France

A la suite des événements tragiques qui ont meurtri  notre pays, Radio France a décidé d’annuler certaines manifestations prévues à la Maison de la Radio et notamment la proclamation des 68e Grands Prix de l’Académie Charles Cros et le lancement du programme Chroniques lycéennes-Prix Charles Cros des lycéens.

 

Les membres de l’Académie Charles Cros expriment leur profonde compassion à l’égard des victimes et de leurs proches, plusieurs de nos amis étaient d’ailleurs au Bataclan, c’est là la première de nos pensées. Et elle nous guide. Nous leur devons d’autant plus de ne pas reculer devant la barbarie. Ce que dit justement Bruno Julliard du devoir de maintenir ouverts les lieux culturels, nous en reprenons les termes. Renoncer à ce grand moment de partage consacré à la culture qu’est la proclamation des Grands prix de l’Académie Charles Cros, c’est se soumettre, c’est « risquer de courber l’échine, d’être moins subversifs ».

 

Les Grands prix Charles Cros seront donc proclamés à la date prévue, le 18 novembre 2015. Pas à la Maison de la Radio mais grâce aux moyens qu’offrent la presse écrite, les médias audiovisuels, et l’Internet,  instruments qui garantissent en France notre liberté de prendre la parole et de dire. Parce qu’il n’a jamais été aussi impératif qu’aujourd’hui de défendre la culture, de la soutenir et de la faire partager, valeurs essentielles qui sont la mission et la raison d’être de l’ACC.

 

Nous  comptons sur vous tous qui recevez ce message pour apporter votre concours et donner le plus grand retentissement aux œuvres qui ont mérité ces prix, ainsi qu’à leurs auteurs, compositeurs, interprètes, éditeurs... 

 

Ce sera notre première réponse. Des actions futures sont étudiées que nous porterons à votre connaissance dès qu’elles auront été arrêtées, et ce sera très vite.

 

Alain Fantapié

 

13/03/2015

Jean-Michel Boris

Jean-Michel Boris, une histoire de la chanson française

 

Certes, à trJM-BORIS-par-Cabu-350x511.jpgavers les palmarès de l’Académie Charles Cros, c’est 67 ans d’histoire de la chanson française que l’on découvre,  une histoire passionnante dont le récit par une Académie (encore balbutiante) commence en 1948, avec Jacqueline François et les Compagnons de la chanson.  En en tournant les pages, on y prend la mesure du temps, avec ses étoiles filantes, et aussi les noms de ceux qui ont fait entrer la chanson (qui, quoi qu’en ait dit Serge Gainsbourg un soir un peu arrosé, n’est pas un art mineur) dans la mémoire collective. On découvre ainsi  au fil des pages, qu’il y a un demi siècle, apparaissait en flamboyant bouquet,un  trio de drôles de dames,   Greco (1964), Barbara (1965), Anne Sylvestre (1967). Et aussi Hugues Aufray, Révélation 1965 pour son Olympia 1964.

 

Mais l’ACC ne faisait qu’accompagner à travers le disque une histoire qui prenait sa source ailleurs. Sur les scènes, comme il se doit. Et qui n’aurait pas été la même  sans Jean-Michel Boris. A l’Olympia, justement, mais pas seulement. Et du jour où il a quitté une scène dont il a rendu le nom mythique, Il n’a, à aucun moment cessé d’être, en homme libre et en homme de cœur passionné,  un inlassable découvreur. Jean-Michel  a accepté d’apporter son expérience à l’Académie Charles Cros dont il est membre depuis 2004 et dont il est aujourd’hui l’un des vice-présidents. Le site Nosenchanteurs lui rend un bel hommage et vous invite à faire la fête :

 

http://www.nosenchanteurs.eu/index.php/2015/03/12/une-soi...

07/07/2014

MONIQUE BARICHELLA

Niçoise, généreuse et lucide, Monique...

C’était un lundi matin apparemment comme les autres, le 23 juin, il faisait beau sur la Marne.

Altamusica affichait sous mes yeux le com5 fev 2009 NYC.JPGpte rendu donné par Monique Barichella de la nouvelle production de la Cléopatre de Massenet à l’Opéra de Marseille. Lire Monique, c’était toujours un moment de soleil. Et pas seulement par notre vieille complicité de Niçois, ou mieux encore notre complicité de « Vieux Niçois », pas forcément meilleurs que les autres, mais les seuls vrais. Nourris de moments de mémoire partagée au cours de rencontres, cours Saleya, près de l’Opéra, ou devant une socca place Garibaldi, et aussi, à Paris, lorsqu’on venait de débusquer la meilleure truchia.

C’était un lundi matin apparemment comme les autres, le 23 juin, il faisait beau sur la Marne. A 16h, la nouvelle me parvient, Monique venait de disparaître. Une fin brutale, inattendue, qui laisse un vide immense.  Pour ceux qui la connaissaient, mais aussi sur une scène musicale qu’elle avait animée  et illuminée d’une passion généreuse mais lucide. Merci Monique. Alain Lanceron, un autre de ces Vieux Niçois et Richard Martet sauront mieux que moi trouver les mots pour nous le dire.

Alain Fantapié (Chézy-sur Marne)

 

La passion de l’opéra et de la vie, jusqu’au bout
Alain Lanceron

 

J’avais 19 ans lorsque j’ai fait la connaissance de Monique à l’Opéra de Nice,  elle en  avait 24. L’année suivante, nous nous sommes retrouvés par hasard aux Arènes de Vérone pour le fameux Don Carlo de Jean Vilar avec Placido Domingo et Montserrat Caballé. La représentation fut malencontreusement interrompue par la pluie après le «O don fatale » de Fiorenza Cossotto, ce qui fut particulièrement frustrant pour un spectacle que l’on pressentait déjà historique. Monique décida aussitôt de prolonger son séjour de deux jours pour assister à la représentation suivante et me proposa de rester avec elle, puis de l’accompagner ensuite à Bayreuth. C’est ainsi que, grâce à elle, un autre choc m’attendait quelques jours plus tard en découvrant le temple wagnérien lors d’un Vaisseau Fantôme où brillait Léonie Rysanek. Ce fut le début d’une amitié ininterrompue de près de 45 ans.

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Monique avait un caractère entier, passionné, « outreboutiste ». Elle avait des emportements, des maladresses, des caprices, des exigences qui n’appartenaient qu’à elle. Elle pouvait être adorable et attentionnée, et irritante à la fois. La vie ne fut pas pour elle qu’un chemin de roses et au fil des années elle se disait s’être renforcée, caparaçonnée en quelque sorte, pour faire face aux désillusions ou plus simplement aux vicissitudes de l’existence qui, après l’avoir beaucoup atteinte, ne semblaient plus que glisser sur elle. Elle reçut néanmoins deux cadeaux inestimables : son fils Thomas, dont je suis le parrain et, depuis peu, la naissance de sa petite fille Talia, qui l’emplit d’un immense bonheur et d’une grande fierté, tout en la laissant quelque peu perplexe : grand-mère, elle ? C’est qu’elle avait gardé des manières de petite fille qui ne veut pas vieillir. Elle s’était ainsi réfugiée dans son monde à elle, celui du théâtre, du cinéma et, surtout, de l’opéra, qui remplissait sa vie : elle n’hésitait pas à assister plusieurs fois de suite à un spectacle qui la passionnait. Il est frappant de noter que, dans les deux semaines ayant précédé sa disparition, elle a vu et entendu ses 3 héros, dont elle était une amie proche : Valery Gergiev à Saint-Petersbourg, Placido Domingo à Londres et Lambert Wilson à Paris.

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Elle avait un jugement musical très sûr, celui d’une grande professionnelle et les plus grands artistes aimaient solliciter ses conseils. Elle était en même temps restée une « amateure » au meilleur sens du terme, et parfois au moins bon, aussi. Son allergie aux technologies modernes la privait de tout recours à un ordinateur ou même à un téléphone portable, ce qui compliquait régulièrement ses relations, tant personnelles que professionnelles.

L’émotion que sa disparition a suscité dans le monde musical prouve que, contrairement à ce qu’elle pouvait parfois elle-même penser, elle était considérée comme une référence en matière d’opéra. Elle va laisser un grand vide qui ne sera pas facile à combler.

(Alain Lanceron est président de Warner Classics et d’Erato)

 

L’oreille, l’oeil et la mémoire
Richard Martet

 

Elle était l’une des figures incontournables de la presse musicale depuis près d’un demi-siècle. Passionnée d’art lyrique depuis l’enfance, Monique Barichella avait très vite commencé à rendre compte des spectacles qu’elle voyait, en particulier dans la revue Opéra, devenue Opéra International en 1977, puis Opéra Magazine en 2005,

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à laquelle elle est demeurée fidèle jusqu’à la veille de sa disparition (ces dernières années, elle avait parallèlement rejoint l’équipe de Classica et du site altamusica).

Grande voyageuse, Monique était partout. On l’avait vue à l’Opéra de Paris la veille, on la retrouvait le lendemain au Covent Garden de Londres, au Staatsoper de Vienne ou au Metropolitan Opera de New York, trois de ses scènes de prédilection. Jamais elle ne se lassait, écrivant souvent ses articles dans le train ou P1000054.JPGl’avion qui la ramenait de l’autre bout du monde. Elle aimait tellement le spectacle d’opéra en tant que tel, ainsi que les artistes, qu’elle n’hésitait pas à revenir voir la même production plusieurs fois au cours de la même semaine.

Mais ce qui la rendait précieuse, c’était d’abord son oreille. Monique ne se trompait pas sur ce qu’elle entendait et savait séparer le bon grain de l’ivraie, le talent authentique de la fausse valeur montée en épingle par une campagne de promotion savamment orchestrée. Ceci valait pour les chefs comme pour les chanteurs, et ses lecteurs lui en étaient reconnaissants.

Même chose pour le regard qu’elle portait sur les mises en scène. Entrée dans le métier à une époque où celles-ci étaient généralement tenues pour quantité négligeable, elle avait vécu la montée en puissance des « metteurs en scène rois », ceux auxquels on accorde la priorité par rapport aux chefs et aux chanteurs. Elle aimait les productions novatrices, voire iconoclastes, mais repérait très vite celles relevant de l’imposture ou du caprice.

Surtout, Monique était une mémoire. Elle avait vu et entendu les plus grands : Callas, Tebaldi, Varnay, Mödl, Del Monaco, Corelli, Vickers, Christoff, Karajan, Solti, Böhm… et vingt fois plutôt qu’une ! C’est en les écoutant qu’elle avait formé son oreille et elle éprouvait, pour beaucoup d’entre eux, une admiration proche de la vénération. Elle vouait, par exemple, un culte à Leonie Rysanek.

Leonie Rysanek, Elu, Cat Malfitano Dec 90.jpg

Mais cette adoration ne l’empêchait pas de défendre, avec un enthousiasme identique, les grandes Sieglinde et Chrysothemis d’aujourd’hui, telle Eva-Maria Westbroek. Chez Monique, mémoire ne rimait jamais avec nostalgie et ses lecteurs, là encore, lui en savaient gré.

Monique nous a quittés en quelques jours, de manière particulièrement brutale. Sa disparition laisse un grand vide, tant auprès des équipes de rédaction qui travaillaient avec elle que de tous ceux qui avaient l’habitude de la rencontrer, chaque soir ou presque, dans le hall des théâtres et salles de concert. Car elle était de ces présences que rien ni personne ne remplace. 

(Rédacteur en chef d’Opéra Magazine)

 

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1. Monique, New York, 5 février 2009

2.   2.  Montserrat Caballe, Monique et son fils Thomas, Alain Lanceron, la marraine de Monique, Nice, 1976

3.   3. Monique et Lambert Wilson, non daté

4.   4. Placido Domingo, Marta Domingo et Monique il y a (au moins) 45 ans

5.   5. Les mêmes en 2011

6.   6. Léonie Rysanek, Elu, Catherine Malfitano, Monique, déc. 1990

 7. Monique et sa petite fille Talia, avril 2014

 

Merci à Thomas pour ses photos personnelles qui ponctuent la vie de Monique.